Note d’intention – COEUR

Genèse de la performance

La performance COEUR est la résultante de quatre années de réflexion, depuis la création des divers éléments constituant ce projet, jusqu’à l’élaboration même de celui-ci.

C’est sur un lit d’hôpital que j’ai pris conscience que mon corps était en train de me lâcher. J’étais reliée à cette machine et pas n’importe laquelle, celle qui vous rapproche un peu plus de la mort. Celle qui dessine inlassablement les courbes des battements de ton cœur. Celle qui sonne aux moindres variations et qui, prévenant les médecins à l’autre bout du couloir, les fait accourir dans une panique hystérique tous les quarts d’heure : le moniteur cardiaque.

Je me lassais de compter le nombre de petits carreaux du plafond, et la fascination pour le goutte à goutte de la perfusion de glucose et d’antalgique se déversant dans mes veines a animé mon imagination. Chacune des gouttelettes évoquait pour moi le sang qui n’irriguait mon corps que de 15% au lieu de 100% et qui me laissait immobile dans ce lit.

Puis ce fut le tour de l’horloge qui devint l’objet de mes préoccupations, celle-ci s’accordant à la même fréquence que mes maux de têtes…. Le bruit me fait mal… amplification des bruits. J’ai réalisé que chaque élément qui m’entourait entrait en résonance avec mon corps tels qu’un robinet qui fuyait, le couinement des chaussures en plastique de couleurs vives très appréciées du personnel hospitalier, le balancement des arbres sous les coups de vent jusqu’au battement d’ailes d’un oiseau…

C’est à la suite d’une première exposition photographique au Théâtre des Charmes de Eu (76) que Gilles Cauchy, son président, me propose de réinstaller un nouvel accrochage

Work in progress

Nos expérimentations physiques nous ont permis de découvrir comment s’unissent un corps instable et un corps danseur.

Celles-ci nous ont évoqué la danse japonaise « Butoh », danse qui se rapproche de la performance physique. Cet art est né dans les années 50, dans le contexte post-apocalypse d’Hiroshima. Le corps y est considéré comme une œuvre d’art à part entière. L’artiste transmet à travers son corps, ses gestes, et ses attitudes le sujet mis en exergue. Le Butoh se caractérise notamment par des mouvements lents, une dimension poétique et minimaliste, puissante et évocatrice. C’est une danse de la mort et de la renaissance.

C’est le sujet qui se cache derrière COEUR, un parcours d’une quarantaine de minutes, tel un hymne à la vie dans lequel, nos deux corps deviennent les valves d’un cœur, en se rapprochant et se séparant tout au long de la chorégraphie.

Au départ je ne pensais pas du tout constituer un recueil d’œuvres référentielles. Cependant en poursuivant mes recherches sur certains chorégraphes, je me suis attachée au travail d’Angelin Preljocaj, danseur et chorégraphe, qui donne à chacun de ses danseurs un texte de référence avant les répétitions. Il leur demande de l’apprendre par cœur pour danser les mots : leur légèreté ou leur poids, leur rythme… J’ai alors rassemblé des extraits de romans, d’œuvres littéraires qui traitent de l’urgence médicale, du corps, comme le roman de Maëlys de Kerangal, Réparer les vivants, ou le roman de Georges Pennac, Journal d’un corps ainsi que L’apprentissage de Jean-Luc Lagarce.

Ninon Fréville

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